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L'allaitement maternel en question(s) 🤱

2016-04-01

Article de Sylvie Eskénazi

La mise en route de l’allaitement maternel est aussi naturelle que l’accouchement et démarre parfois avant la délivrance (expulsion du placenta). Autorisez-vous à rester dans votre ressenti afin de le mener au mieux.
Sans doute aurez-vous besoin des conseils des professionnels en cas de questionnement particulier, mais dans l’ensemble favorisez au maximum votre instinct et observez votre bébé. Il sait tout et vous n’avez qu’à le suivre.Chaque membre de l’équipe médicale aura peut-être sa propre version pour tel ou tel problème (c’est humain, nous revenons à notre vécu), il est donc préférable d’avoir les premiers temps une seule personne de référence. Cela demande de faire preuve d’une certaine force de caractère (semblable à votre motivation !).
Vos « références » en la matière, vous les trouverezcertainement dans votre livre de chevet : L’Allaitement de la naissance au sevrage du Dr Marie Thirion – Pédiatre et consultante en lactation…

Quelques repères sous forme de questions :

ALLAITER,OUI …

👶 Où ?
-En Salle de Naissance pour une mise en route précoce. Le réflexe de fouissement est présent dans les 15 premières minutes à 2 heures après l'accouchement. Vous restez certainement allongée, sur le dos ou sur le côté, peut être éprouverez-vous le besoin de vous asseoir après la délivrance. La sage-femme vous aidera, mais laissez votre bébé trouver le mamelon (sa couleur, sa forme, son odeur, sa chaleur sont faits pour cela). Ne le forcez pas et re-proposez-lui le sein plus tard s’il est fatigué. En général, le nouveau-né est très éveillé lors de la rencontre avec ses parents.

-Dans votre chambre à la maternité. Pour bien démarrer, restez au calme (limitez les visites) et gardez votre enfant avec vous jour et nuit car la relation et l’attachement le stimuleront et accentueront la production de lait (sous l’emprise de deux hormones fabriquées dans le « cerveau de l’émotion »).
Veillez à faire prendre une position confortable (meilleure prévention des crevasses; une mauvaise positionest responsable de 95% des problèmes):
Allongée sur le dos ou demi-assise (POSITION BIOLOGICAL NURTURING) : le ventre du bébé ne perd jamais contact avec sa maman, ce qui est très rassurant, a fortiori s’ilest tout nu (contact peau à peau). La tête du nouveau-né se relève grâce au tonus de sanuque. Il ouvre plus facilement sa bouche… et continue à téter, même endormi…Pour plus de renseignements sur les études scientifiques de Suzanne Colson : http://www.biologicalnurturing.com (site anglais) ou http://www.cream-allaitement.org (site français).
Ou assise: dos calé, jambes demi-fléchies, et relevées, la tête dubébé dans le creux du bras de la mère, le ventre de l'enfant face au ventre de la mère. Celle-ci amenant son bébé à elle (et non la mère allant vers son bébé) quand celui-ci ouvre grand sa bouche. Ne soutenez pas la tête du bébé lors de la tétée, vous stimuleriez un réflexe archaïque qui l'orienterait dans une autre direction.
Ou encore couchée sur le côté:les ventres se font toujours face, calez le bébé avec un oreiller.

-Plus tard : à la maison, chez des amis, au square, dans un café, une salle d’attente… à condition d’être bien installée et que le lieu ne soitpas enfumé. Les vêtements d’allaitement, l’écharpe de portage vous permettrontde le faire en toute discrétion.

👶 Quand ?
- A la demande de bébé, nuit et jour (sans horaires ni décompte du temps passé), en utilisant les 2 seins à chaque tétée au début et sans pesée. Ne le réveillez pas pour téter, cela ne sert à rien (même s’il dort 6h d’affilée le premier jour, car il récupère) mais gardez-le longtemps dans vos bras pour le laisser chercher par lui-même. Ne vous inquiétez pas pour lui s’il est à terme et de poids normal. Vous pouvez toutefois stimuler la lactation en massant vous même le téton avec une crème toutes les 2 heures. Apprenez à le faire dans le dernier mois de grossesse afin de préparer les bouts de sein (avec une crème homéopathique : Castor Equi, crème au calendula).

- Selon les recommandations du pédiatre si votre enfant nécessite une surveillance particulière, mais toujours en lui présentant patiemment le sein. Contrairement aux idées reçues, un enfant ne se« fatigue » pas au sein, mais le réflexe succion-déglutition n’est pas acquis avant 37 SA. Là encore, vous aurez sans doute à stimuler la lactation grâce au tire-lait (électrique ou manuel) et bébé mangera toutes les 3 heures, en alternant sein et « seringue » de lait pour prématuré (alimentation au doigt). Faites-vous aider+++ par la sage-femme.

👶 Comment ?
-Grâce aux hormones : la prolactine, qui inonde la jeune maman dès que le placenta est expulsé, par pics successifs lors des succions précoces et répétées et par la présence du bébé à vos côtés (son odeur, ses «chouinements », l’amour que vous lui portez), plus encore par la confiance que vous éprouvez. L’ocytocine, hormone de la contraction de l’utérus et des petits muscles qui entourent les acini (sacs remplis de lait) permettant l’éjection du lait. Vous aurez donc des contractions utérines non douloureuses lorsque vous mettrez votre enfant au sein afin que l’utérus se rétracte correctement.
Les pleurs de bébé aident aussi sa production, ainsi verrez-vous peut-être le lait « couler tout seul » lorsqu’il réclamera ou lorsqu’il tètera l’autre sein. La nature a prévu que les tétées nocturnes favorisent la production hormonale. Il est donc conseillé de garder votre enfant avec vous le soir (sauf raison médicale). Fort heureusement, elle a également prévu une bien meilleure récupération lors des phases de sommeil pour les mères allaitantes. Il suffit donc de se caler sur le rythme du bébé les premiers temps en faisant des siestes la journée.

-Grâce aux nutriments et à l’eau puisés dans votre alimentation et votre hydratation. Mangez bien et à tous les repas (de tout, sans excès de fruits et légumes crus, évitez les épices pimentés), buvez à votre soif (de l’eau ou des tisanes – fenouil, cumin, anis…) et vous aurez suffisamment de lait. La « richesse » du lait n’est soumise qu’à ces conditions. Quant à son abondance, elle est directement liée à votre degré de fatigue : allaiter est une activité intense. Si vous continuez à dépenser trop d’énergie ailleurs (tâches ménagères, hyperactivité, activité physique), vous risquez d’en manquer. REPOSEZ-VOUS !!!

-Grâce aux stimulations répétées et bien faites de la bouche de votre bébé au niveau de l’aréole (plus exactement auniveau du sinus lactifère, centre nerveux situé à la base du mamelon, assez profondément). Sa façon de téter conditionne cela : il «caresse » vigoureusement le sinus nerveux avec sa langue afin de provoquer le réflexe d’éjection après quelques minutes. C’est différent de la succion d’un enfant au biberon qui « tire sur la tétine pour aspirer le lait coulant immédiatement ». L'usage de préparations pour nourrissons, notamment au biberon, peut nuire au démarrage et à la poursuite de l'allaitement.
Nous revenons encore aux positions : la bouche de bébé est grande ouverte, les lèvres bien ourlées autour de l’aréole, son maxillaire inférieur s’avance pour permettre à la langue de sortir et « d’onduler » sur le sinus lactifère… ET LE TOUR EST JOUE !!!: La montée de lait aura probablement lieu entre le 2ème et le 4ème jour. La lactation s’entretient sur le mode hormonal pendant 2 à 3 semaines (avec parfois quelques moments difficiles et des doutes). Puis, la production autonome de lait prend le relais jusqu’au sevrage sur le mode de « l’offre et la demande » et nécessite toujours de l’attention afin de le faire perdurer.

DIX CONDITIONS POUR UN BON DÉMARRAGE DE L'ALLAITEMENT MATERNEL:
Tous les établissements qui assurent des prestations de maternité et des soins aux nouveau-nés devraient :
· Adopter une politique d'allaitement maternel formulée par écrit et systématiquement portée à la connaissance de tous les personnels soignants.
· Donner à tous les personnels soignants les compétences nécessaires pour mettre en œuvre cette politique.
· Informer toutes les femmes enceintes des avantages de l'allaitement au sein et de sa pratique.
· Aider les mères à commencer d'allaiter leur enfant dans la demi-heure suivant la naissance.
· Indiquer aux mères comment pratiquer l'allaitement au sein et comment entretenir la lactation même si elles setrouvent séparées de leur nourrisson.
· Ne donner aux nouveau-nés aucun aliment ni aucune boisson autre que le lait maternel, sauf indication médicale.
· Laisser l'enfant avec sa mère 24 heurespar jour.
· Encourager l'allaitement au sein à lademande de l'enfant.
· Ne donner aux enfants nourris au sein aucune tétine artificielle ou sucette.
· Encourager la constitution d'associations de soutien à l'allaitement maternel et leur adresser les mères dès leur sortie de l'hôpital ou de la clinique.
· Par ailleurs, les établissements devraient refuser de recevoir, gratuitement ou à prix réduit, des lots de substituts du lait maternel, de biberons ou de tétines.
Tiré de Protection, encouragement et soutien de l'allaitementmaternel - Le rôle spécial des services liés à la maternité,
Déclaration conjointe de l'OMS et de l'UNICEF, OMS, Genève,1989, et de The Global Criteria for the WHO/UNICEF Baby-Friendly HospitalInitiative, UNICEF, 1992.

👶 Pourquoi ?
-Tout d’abord, parce que vous en avez envie ! Et pas parce que votre entourage plus ou moins proche le souhaite. C’est une évidence, mais il n’est pas toujours aisé de s’en rendre compte.

-Parce que vous avez entendu parler des bienfaits du colostrum puis du lait mature pour le bébé : qualité nutritive, immunitaire (surtout s’il est un peu faible), adaptabilité maximale dutube digestif de l’enfant aux sucres, protéines et lipides du lait maternel… et encore mieux DU LAIT DE SA PROPRE MERE (avec les bifido-bactéries spécifiques qui protègeront son intestin contre des germes « ciblés »…) et pourquoi pas pendant 6 mois ?

-Parce que cette relation intime est celle qui vous convient le mieux, à vous et au papa pour renforcer jour après jourles liens d’attachement. C’EST UNE JOIE POUR LE TRIO !!

-Peut-être aussi, mais c’est accessoire pour des raisons pratiques et économiques…

-ou enfin, parce que bébé est particulièrement fragile, parce qu’il y a des antécédents dans la famille d’allergie aux protéines de lait, d’infections ORL ou pulmonaire à répétition

👶 Avec qui ?
-Le papa, bien sûr, loin de se sentir exclu de cette relation que vous pourriez craindre fusionnelle. Il suffit que vous en ayez longuement discuté et qu’il trouve sa place auprès de vous lors des tétées et dans les moments privilégiés d’éveil de votre enfant. Cela ne manque pas !

-Le ou les aîné(s) qui participera(ront) bien volontiers à ces séances de tétées, pourquoi pas la tête sur vos genoux, en caressant les pieds du nouvel arrivé.

-D’autres personnes que vous chérissez, à condition qu’elles n’entraînent pas de doute dans votre façon de faire…

-Sous l’œil bienveillant du pédiatre, des sages-femmes et des puéricultrices qui surveilleront votre enfant, mais attention ! Si vous entendez qu’un problème de lactation nécessite un relai au biberon, il est nécessaire que votre poitrine ainsi que la bouche du bébé aient été examinés. Pas de conclusion hâtive ; la situation est bien souvent rattrapable sur le long terme.
Vous pouvez avoir recours à des soignants attentionnés, des consultantes en lactation IBCLC, des conseillères bénévoles (Leche league http://www.lllfrance.org, Solidarilait http://www.solidarilait.org).

Contactez votre praticien de référence sans tarder en cas de douleur ou de fièvre. Une mastite peut s’installer et répondre favorablement à un traitement d’Ibuprofène pendant 48h sans avoir recours à une antibiothérapie (même en cas de fièvre très élevée).
DANS CETTE SITUATION, FAITES APPEL À VOTRE SAGE-FEMME TRÈS RAPIDEMENT !

👶 Avec quelle aide ?
-Les massages des seins sous l’eau chaude ou fraîche, si les seins sont un peu trop tendus au moment de le (des) montée(s) laiteuse(s), ainsi que tous les remèdes que votre sage-femme saura vous donner (Allopathie, homéopathie, feuille de choux, cataplasmes…). Le jet d’eau chaude devra être dirigé en 1er vers les chaines ganglionnaires du cou, et sous les aisselles pour drainer. Pour exprimer le lait, référez-vous au « guide du massage» pages 33-42 (figures 21à 24).

-Les crèmes et autres accessoires que vous vous procurerez en pharmacie ou magasin Bio. Rappelez-vous que la meilleure des crèmes est gratuite : c’est votre colostrum puis votre lait. Ils contiennent naturellement les agents antiseptiques, cicatrisants et graissants nécessaires à la prévention puis à la cicatrisation des mamelons douloureux et crevassés. Etalez-le après chaque tétée sur les bouts de sein et contentez-vous d'une douche au savon doux, comme hygiène quotidienne. N’oubliez surtout pas de bien laver vos mains avant les tétées. Il convient de favoriser l’aération des mamelons afin d’éviter leur macération sous les vêtements (et alors éviter l’usage de coussinets).

Technique de la COMPRESSE DE LAIT : pour cicatriser des crevasses, il est recommandé d’imbiber entièrement de votre lait une petite compresse, de la poser sur les mamelons et de la maintenir sur le sein à l'aide de film alimentaire, le pansement restant occlusif. Laisser la compresse en place plusieurs heures jusqu’à la tétée suivante. L’avantage de cette méthode est de ne pas risquer d'entraver l'attachement du bébé au sein, le lait n’étant pas trop gras, contrairement à la crème à la lanoline susceptible de faire glisser la bouche de l'enfant sur l'aréole.

Au mieux, évitez l’utilisation des bouts de seins en silicone ou réduisez leur utilisation à quelques jours, en alternance avec des tétées directement au sein. L’huile « Crevasse des mamelons » aux huiles essentielles possède des propriétés cicatrisantes d'une grande efficacité (3 applications par jour à distance d’une tétée). Les compresses « Hydrogel Pads » sont très chers mais peuvent accélérer la cicatrisation des mamelons en 24 à 48h.

-Un soutien gorge adapté et à votre taille, à choisir si possible après la montée delait (c’est un investissement indispensable pour la beauté de votre poitrine et à votre confort). Votre sage-femme vous renseignera…

-Le tire-lait, si vous le voulez, pour passer le relai plus tard au papa ou à la nounou. Ne vous en servez pas trop tôt (sauf indication médicale), surtout si l’allaitement se passe bien. Son utilisation peut perturber un processus bien lancé. Il est intéressant si vous voulez que votre lait nourrisse exclusivement votre enfant à la crèche ou chez l’assistante maternelle. Il existe des tire-laits manuels ou électriques. Pour la location d’un tire-lait électrique professionnel remboursé à 100% par l’assurance maladie, il vous faut une ordonnance de votre sage-femme ou du pédiatre.

Code du travail (mères salariées)
http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do;jsessionid=D4FBCB77AFBD86FFBA5A342FAEC750A9.tpdjo17v_1?idSectionTA=LEGISCTA000006195594&cidTexte=LEGITEXT000006072050&dateTexte=20141015

Article L1225-30
• Pendant une année à compter du jour de la naissance, la salariée allaitant son enfant dispose à cet effet d'une heure par jour durant les heures de travail.

Article L1225-31
• La salariée peut allaiter son enfant dans l'établissement.

Article L1225-32
• Tout employeur employant plus de cent salariées peut être mis en demeure d'installer dans son établissement ou à proximité des locaux dédiés à l'allaitement.

Article L1225-33
• Un décret en Conseil d'Etat détermine, suivant l'importance et la nature des établissements, les conditions d'application de la présente sous-section.


- Le pèse-bébé àla maison doit être JUSTIFIÉ MEDICALEMENT. Une à deux pesées par semaine chez le pédiatre, la sage-femme ou en PMI suffisent amplement. Votre enfant vous prouvera qu’il prend bien par ses urines, ses selles jaunes et régulières. Observez-le ! Il change rapidement : « bonnes » joues, cuisses et fesses rebondies, petits rejets du « trop-plein » de lait, déglutition du lait devenant audible pendant la tétée.

👶 Comment arrêter?
-Le sevrage se fera progressivement sur 3 ou 4 semaines, lorsque vous aurez envie de l’entreprendre. Il suffit de substituer une tétée au sein par un biberon de préparation pour nourrisson au rythme que le bébé et que vos seins acceptent. Si c’est douloureux pour vous, moralement et/ou physiquement, réfléchissez à la poursuite de l’allaitement avec l’aide du tire-lait et à une reprise du travail en conservant la tétée du matin et du soir.

-Faire donner les premiers biberons par le papa est une bonne idée, songer à faire dormir votre enfant la nuit dans sa propre chambre, si ce n’était pas encore le cas, en est une autre. Les conseils au cas par cas vous aideront alors à régler une autre problématique : celle du sommeil de bébé !

Voilà,ce relai de la grossesse par le « cordon » lacté vous prouvera certainement que vous êtes une jeune maman accomplie…

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